Bienvenue sur OpenStreetMap

February 3rd, 2012

Nous sommes fiers de vous présenter le premier livre en français sur OpenStreetMap, et qui plus est, disponible sous licence libre (Creative Commons BY-SA). http://fr.flossmanuals.net/openstreetmap/].

Le livre est disponible à la lecture sur le site Flossmanuals, vous pouvez également le télécharger en PDF ou bien récupérer le fichier EPUB pour le consulter sur une liseuse. “Bienvenue sur OpenStreetMap” a certains chapitres qui peuvent servir de support de formation, et aidera sans doute à démocratiser OpenStreetMap grâce à la documentation claire et bien rédigée qu’il offre. Le livre couvre les sujets essentiels:

openstreet_map- Qu’est ce que la cartographie collaborative, ce qu’est OpenStreetMap et pourquoi y contribuer ?
- Comment contribuer, de la collecte sur le terrain avec ou sans GPS à l’édition des données, notamment avec Potlatch 2 et JOSM ?
- Comment utiliser les données OpenStreetMap: partager des cartes, générant ses propres tuiles, emporter les données sur un GPS,… ?

Cet ouvrage est la traduction du Floss Manual OpenStreetMap, livre écrit en anglais au mois d’octobre, sur la pateforme Floss Manuals.

Merci à toutes les personnes qui ont aidé, d’une manière ou d’une autre, à traduire, relire ou illustrer le livre: Guillaume Allègre, Elisa de Castro Guerra, Emmanuel Dewaele, Fabien Giraud, Anne Goldenberg, Brice Mallet, Jean-Bernard Marcon, Vincent Privat.

Pour en savoir plus sur Open Street Map, voir le site Le Libriste d’où provient l’illustration.

Via Bienvenue sur OpenStreetMap – Rencontres Sociales.

Journée du domaine public

January 16th, 2012

Communia, Creative Commons France, l’Institut des Sciences de la Communication du CNRS, l’Open Knowledge Foundation et Wikimedia France vous invitent à célébrer le domaine public jeudi 26 janvier.

En présence des membres des organisations partenaires de cet événement, de Philippe Aigrain et Jérémie Zimmermann de la Quadrature du Net, de Lionel Maurel @calimaq et de Tangui Morlier de Regards Citoyens, avec diffusion d’oeuvres du domaine public.

Journée du domaine public
Jeudi 26 janvier de 18h à 21h
Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)
Maison des Sciences de la Communication et de l’interdisciplinarité (MSCI)
20, rue Berbier du Mets 75013 Paris
Metro Gobelins

La City de Londres et les biens communs

January 3rd, 2012

Quelques jours avant Noël, je suis tombé sur une tribune dans le journal Le Monde du MEP britanique Jo Johnson, qui affirmait que la City de Londres est un bien commun qu’il faut veiller à ne pas affaiblir !

Johnson Jo Tribune

La City pourrait-elle être un bien commun ? De quoi parle-t-on ? Quelle est la nature de cette entité ? Quelles sont les ressources partagées ? Quelle est donc sa gouvernance ?

Un documentaire, LA CITY, la finance en eaux troubles, apporte des réponses à ces questions.
Documentaire: City de Londres, la finance en eaux troubles
Les 5 premières minutes permettent de se faire une idée. Mais n’hésitez pas à voir aussi la suite, c’est fort intéressant.

A la minute 47’30″, on retrouve l’expression “bien commun”, cette fois dans la bouche d’un militant pour la transparence de l’économie, qui invite à s’engager dans la recherche et la correction des failles du droit qui permettent l’existence de ce système.

Pour les parisiens : LA CITY, la finance en eaux troubles sera projeté dans quelques jours, le mercredi 11 janvier, à Paris en  présence de Mathieu VERBOUD, le réalisateur, à l’initiative de Politis et de l’association Voir&Agir.

Platform 21 – Repair Manifesto!

December 2nd, 2011

Downloaded over one million times!

Platform21’s Repair Manifesto opposes throwaway culture and celebrates repair as the new recycling. The last few months the Manifesto has been downloaded, blogged about and adopted all over the world.

The Repair Manifesto is part of the project Platform21 = Repairing for which we sought to make repairing cool again – over a period of five months.

Both with the help of designers and visitors, new repair techniques were developed and many ingenious repairs were carried out in Platform21.

Although the project has now ended in Platform21, it doesn’t mean we are dropping the repair mentality. Platform21 = Repairing will soon travel to New York, and we hope the manifesto will keep inspiring people to STOP RECYCLING and START REPAIRING!So rediscover the joy of fixing things and share your repair knowledge. Together we can keep this movement going, one that isn’t new per se but has been forgotten.

 

 

via Platform 21 – Downloaded over one million times!.

Après l’échec du tout-privé, la nouvelle donne de l’eau bien commun.

December 1st, 2011

Soirée festive le vendredi 9 décembre à Paris. Venez fêter les victoires de l’eau bien commun, en ouverture des Assises régionales des associations pour l’eau. Poursuivre la lecture / Continue reading »

Le bien commun à l’ordre du jour planétaire 1 | Sciences et démocratie Québec

October 4th, 2011

Quelque chose est-il en train de bouger dans les discussions sur l’environnement et les changements climatiques ? Posée autrement la question pourrait être : est-il encore possible de remettre en question le nouvel ordre mondial de l’environnement mis en place à Kyoto et confirmé à Cancun par les pays industrialisés qui voudraient institutionnaliser une fois pour toutes leur vision et modèle de « capitalisme vert »? C’est l’enjeu de la série de conférences sur les changements climatiques inscrites dans un calendrier serré qui culminera à la conférence de Rio+20 en 2012 au Brésil, après celle de Bangkok qui vient de s’achever, et celle de Durban en novembre de cette année.

La deuxième journée internationale de la Mère Terre sera célébrée le 22 avril. C’est la date qu’a choisie la Bolivie pour faire discuter par l’ONU sa proposition de faire reconnaître des droits à la Terre comme ceux qu’on accorde aux humains. Depuis les réunions de Cancun et de Cochabamba, ce petit pays d’Amérique latine a fait du chemin dans son offensive pour mettre à l’ordre du jour les droits de Pachamama comme l’appellent les autochtones d’Amérique latine. Cette offensive diplomatique est déployée tout azimut autant dans les instances internationales qu’en faisant appel à la « diplomatie des peuples » dans les différentes rencontres de la société civile et des mouvements sociaux mondiaux. C’est ce que nous disait Pablo Solon, ambassadeur de Bolivie à l’ONU dans une entrevue au Forum Social Mondial de Dakar et c’est ce qu’il a réaffirmé à la rencontre Cochabamba +1 organisée à Montréal du 15 au 17 avril par Alternatives.

Au niveau intergouvernemental, les résultats de Bangkok sont encourageants puisque pour la première fois, les propositions boliviennes d’arriver à un accord multilatéral dans la transparence ont reçu l’appui du groupe des 77 qui compte 131 pays en développement et la Chine. Les pays latinoaméricains de l’Alba ont, eux, appuyé plus explicitement la proposition bolivienne des droits de la mère Terre. C’est d’ailleurs dans ces deux des pays les plus densément peuplés d’autochtones, l’Équateur et la Bolivie, que les gouvernements ont fait inscrire inscrire dans la constitution la notion de « buen vivir » (bien vivre) qui est proche du concept de bien commun.

Du côté des mouvements sociaux et de la société civile, l’idée de considérer les ressources naturelles et la planète Terre elle-même comme des biens communs s’impose de plus en plus comme la manière la plus adéquate de poser le problème, l’ouvrir au débat public et empêcher que Rio+20 soit court-circuité par les pays industrialisés et leurs solution du tout technologique. C’est la démarche de la canadienne Maude Barlow dans sa croisade pour l’accès à l’eau et sa participation au livre Les Droits de la Terre qui sera lancé New York pendant le débat de l’ONU la semaine prochaine. C’est aussi ce que reconnaît Pat Mooney cet autre militant canadien pionnier des luttes sur l’environnement et et maintenant directeur du groupe ETC.

Dans une entrevue accordée également à Dakar Pat Mooney abonde dans le sens de Pablo Solon, avec qui il collabore étroitement, et reconnaît lui aussi que l’approche par le bien commun est appropriée pour se préparer aux batailles qui s’annoncent à Rio+20. Pour lui, la grande menace qui devra être contrée à Rio est la mise en place par les pays industrialisés d’un nouveau système de gouvernance et de règles qui consacreront la mainmise des monopoles sur les ressources naturelles et les technologies par la propriété intellectuelle, et l’imposition de l’idée que les solutions technologiques (des nanotechnologies à la géo-ingénierie en passant par la biologie de synthèse) sont les seules valables pour résoudre les problèmes de changements climatiques et de l’environnement.

(à suivre)

Alain Ambrosi

 

Liens vers les vidéos :

Pablo Solon: Los retos de la sociedad civil de cara a Rio+20

Pat Mooney: The major battlegrounds shaping up for Rio+20

Sur le même sujet des biens communs on peut aussi consulter :

Isabella Lövin – Pillaging the Sea: another tragedy of the Commons

et également

IBA MAR FAYE: l’accaparement des terres en Afrique

Mots-clefs: , ,

via Le bien commun à l’ordre du jour planétaire 1 | Sciences et démocratie Québec.

Brest en biens communs : le 8 octobre, données ouvertes et biens communs

September 17th, 2011

Dans le cadre de Brest en biens communs le 8 octobre,  2 temps fort au Fourneau :

Pour la deuxième édition “Brest en biens communs”, la Ville de Brest et ses partenaires vous proposent plus de trente initiatives du 3 au 15 octobre. Ateliers, débats, présentations sont là pour informer, discuter de ce mouvement qui des chercheurs aux enseignants, des personnes aux associations et collectivités publiques posent la question de biens numériques accessibles à tous et concerne chacun-e d’entre nous.

 

Le samedi 8 octobre, nous vous donnons rendez vous à toutes et tous au Fourneau pour le temps fort de cette manifestation.

14h00-15h30 : Table ronde “Biens communs” Quels enjeux, quelles difficultés à élargir les biens culturels mis en commun ?

Intervenants :

  • Hervé Le Crosnier, Maître de conférence à l’Université de Caen et co-auteur du livre « Libres savoirs »
  • Lionel Maurel, conservateur des bibliothèques à la BNF, et auteur du blog S.I.Lex
  • Des membres de l’association Wikimédia France
  • Nicolas Galaud, Directeur des bibliothèques de Brest

15h30-17h00 : Ateliers – Stands – Animations

  • Plateforme Libr@net (Maison du Libre) ;
  • Plateforme Médi@spip (Infini) ;
  • Modélisation 3D, service SIG BMO ;
  • Les Taxinomes, inventaire multimédia géolocalisé de la biodiversité (Les Petits Débrouillards de Bretagne) ;
  • Valorisation du fonds Maurice Marchands (Dispositif Passeurs d’Images)
  • OSM-Bzh, la communauté d’OpenStreetMap présente les avancées sur la carte du Pays de Brest
  • Réunion de travail, préparation de la collecte de contenus lors de Tonnerres de Brest 2012.

17h00-18h30 : Table ronde “Données ouvertes” : Les services publics à l’heure des données ouvertes. Une discussion sur les enjeux, projets possibles avec les porteurs d’initiatives aux Pays de Brest

Intervenants :

  • Arnaud Willaime, Adjoint au Directeur de l’Organisation, Brest métropole océane
  • François Vigouroux, responsable SIG, Brest métropole océane
  • Louis-Julien de la Bouëre, animateur multimédia à Plouarzel et Marie-Catherine Mouchot, Adjointe au Maire de Plourzel

via Brest en biens communs le 8 octobre, données ouvertes et biens communs 2 temps fort au Fourneau – @ Brest.

Manifeste des Digital Humanities | ThatCamp Paris 2010

September 17th, 2011

En mai dernier, ThatCamp se réunissait à Paris. Cette rencontre à été l’occasion de produire le Manifeste des digital humanities.Dans cette déclaration, ce groupe s’engage à faire engageons des digital humanities une compétence collective qui a vocation à devenir un bien commun. Ce manifeste est traduit dans une dizaine de langues et peut être signé en ligne.

Télécharger le fichier PDF de la version française
Télécharger le fichier PDF de la version anglaise

Via : http://tcp.hypotheses.org/category/manifeste/page/2

Aurore raconte comment elle a découvert et partagé le logiciel libre – Le libre près de chez vous

September 17th, 2011

Par liot le samedi 17 septembre 2011, 11:06

Aurore Rousseaux, étudiante en économie sociale et solidaire, a consacré son mémoire à l’intérêt du logiciel libre dans son domaine d’étude. Une réflexion nourrie par l’action puisqu’elle a partagé sa découverte avec ses camarades de promotion mais également dans le cadre de son stage.

Écoutez son entretien : aurore_rousseaux.ogg

via Aurore raconte comment elle a découvert et partagé le logiciel libre – Le libre près de chez vous.

Le projet Gutenberg est orphelin : décès de Michael Hart

September 11th, 2011

Michael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projet
Gutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.
Il y a quarante ans, en juillet 1971, le jeune Michael Hart reçoit son sésame pour utiliser, en temps partagé, l’ordinateur Xerox de
l’Université d’Illinois à Urbana-Champain. Peu versé sur le calcul, il se demande ce qu’il pourrait bien faire d’utile à la société à partir
d’un tel outil, limité, n’utilisant qu’un jeu de caractères en capitales, et très lent en regard des ordinateurs d’aujourd’hui. Il
utilisera son temps pour recopier la « Déclaration d’Indépendance » des États-Unis, en songeant aux idées de bibliothèques universelles lancées par les « pères fondateurs » de l’informatique, notamment Vannevar Bush, Joseph Licklider ou Ted Nelson. Le fichier pesait seulement 5 kilo-octets, mais il du renoncer à sa première idée d’envoyer le texte à la centaine d’usagers ayant une adresse sur Arpanet, car cela aurait bloqué tout le réseau. Il le mit donc en dépôt sur un serveur pour un libre téléchargement (sans lien hypertexte, une notion qui n’existait pas il y a quarante ans). Même s’ils ne furent que six à profiter de l’offre, on considère que le premier « livre électronique » du réseau informatique avait vu le jour. Ce fut d’ailleurs le livre numérique le plus cher de l’histoire, Michael Hart ayant un jour calculé une valeur approximative de son accès à l’ordinateur et l’évaluant à 1 million de dollars.
Michael Hart a continué sur sa lancée pour rendre disponible la plus grande quantité de livres possible. Même si les premiers textes étaient
difficilement lisibles, sans typographie, en lettres capitales, sans mise en page,… il n’a jamais dévié de sa volonté de rendre les œuvres
disponibles à tous. Pour cela, il s’appuyait sur une caractéristique essentielle du document numérique : la reproduction et la diffusion via
le réseau ne coûte presque rien, et même de moins en moins quand les machines et les tuyaux deviennent plus performants. Comme il l’écrivait encore en juillet dernier, « à part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté ». Et il anticipait sur les usages à venir au delà de la lecture, comme l’analyse du texte, la comparaison de mots, la recherche par le contenu, l’établissement de correspondances ou les études linguistiques ou stylistiques assistées par l’ordinateur.
Longtemps son credo fut celui du « plain vanilla ascii », c’est à dire de refuser toute mise en page afin que les textes soient accessibles à toutes les machines, par tous les utilisateurs. Ceci conduisait les volontaires du projet Gutenberg à un codage particulier des accents, placés à côté de la lettre concernée. Mais sa méfiance devant HTML a disparu quand le web est devenu le principal outil de diffusion des écrits numériques : l’universalité passait dorénavant par le balisage, et l’utilisation de UTF-8, la norme de caractères qui permet d’écrire dans la plus grande partie des langues du monde.
Comme son projet, disons même sa vision, était généreuse et mobilisatrice ; comme il possédait un grand sens de la conviction et de l’organisation et proposait un discours radical, il a su regrouper des millions de volontaires pour l’accompagner dans sa tentative de numériser le savoir des livres. Des volontaires qui ont commencé par dactylographier les textes, puis utiliser scanner et reconnaissance de caractères, mais toujours incités à une relecture minutieuse. On est souvent de nos jours  ébahi devant les projets industriels de numérisation. Nous devrions plutôt réfléchir à la capacité offerte par la mobilisation coordonnée de millions de volontaires. Construire des communs ouverts au partage pour tous répond aux désirs de nombreuses personnes, qui peuvent participer, chacune à leur niveau, à la construction d’un ensemble qui les dépasse. Dans le magazine Searcher en 2002, Michael Hart considérait cette situation comme un véritable changement de paradigme : « il est dorénavant possible à une personne isolée dans son appartement de rendre disponible son livre favori à des millions d’autres. C’était tout simplement inimaginable auparavant ».
La volonté de Michael Hart lui a permis de poursuivre son grand œuvre tout au long de sa vie. S’il fallut attendre 1994 pour que le centième texte soit disponible (les Œuvres complètes de Shakespeare), trois ans plus tard la Divine Comédie de Dante fut le millième. Le projet Gutenberg, avec ses 37000 livres en 60 langues, est aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits diffusés sous les formats actuels (epub, mobi,…) pour les liseuses, les tablettes, les ordiphones, et bien évidemment le web. Les textes rassemblés et relus sont mis à disposition librement pour tout usage. La gratuité n’est alors qu’un des aspects de l’accès aux livres du projet Gutenberg : ils peuvent aussi être transmis, ré-édités, reformatés pour de nouveaux outils, utilisés dans l’enseignement ou en activités diverses… Le « domaine public » prend alors tout son sens : il ne s’agit pas de simplement garantir « l’accès », mais plus largement la ré-utilisation. Ce qui est aussi la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit » : parmi les ré-utilisations, même si certaines sont commerciales parce qu’elles apportent une valeur ajoutée supplémentaire, il y en aura toujours au moins une qui visera à la simple diffusion. Une leçon à méditer pour toutes les institutions qui sont aujourd’hui en charge de rendre disponible auprès du public les œuvres du domaine public. La numérisation ne doit pas ajouter des barrières supplémentaires sur le texte pour tous les usages, y compris commerciaux… qui souvent offrent une meilleur « réhabilitation » d’œuvres classiques ou oubliées. Au moment où la British Library vient de signer un accord avec Google limitant certains usages des fichiers ainsi obtenus, où la Bibliothèque nationale de France ajoute une mention de « propriété » sur les œuvres numérisées à partir du domaine public et diffusées par Gallica… un tel rappel, qui fut la ligne de conduite permanente de Michael Hart, reste d’actualité.
Le caractère bien trempé de Michael Hart, sa puissance de travail et sa capacité à mobiliser des volontaires autour de lui restera dans notre souvenir. Les journaux qui ont annoncé son décès parlent à juste titre de « créateur du premier livre électronique ». C’est cependant réducteur. Il est surtout celui qui a remis le livre au cœur du modèle de partage du réseau internet. C’est la pleine conscience qu’il fallait protéger le domaine public de la création des nouvelles enclosures par la technique ou par les contrats commerciaux qui a animé la création du Projet Gutenberg. Michael Hart n’a cessé de défendre une vision du livre comme organisateur des échanges de savoirs et des émotions entre des individus, mobilisant pour cela des volontaires, le réseau de tout ceux qui aiment lire ou faire partager la lecture.

Caen, le 10 septembre 2011
Hervé Le Crosnier

Texte diffusé sous licence Creative commonsArticle d’Hervé Le Crosnier, diffusé sous licence Creative commons
Caen, le 10 septembre 2011

Michael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projetGutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.Michael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projet
Gutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.
Il y a quarante ans, en juillet 1971, le jeune Michael Hart reçoit son sésame pour utiliser, en temps partagé, l’ordinateur Xerox de
l’Université d’Illinois à Urbana-Champain. Peu versé sur le calcul, il se demande ce qu’il pourrait bien faire d’utile à la société à partir
d’un tel outil, limité, n’utilisant qu’un jeu de caractères en capitales, et très lent en regard des ordinateurs d’aujourd’hui. Il
utilisera son temps pour recopier la « Déclaration d’Indépendance » des États-Unis, en songeant aux idées de bibliothèques universelles lancées par les « pères fondateurs » de l’informatique, notamment Vannevar Bush, Joseph Licklider ou Ted Nelson. Le fichier pesait seulement 5 kilo-octets, mais il du renoncer à sa première idée d’envoyer le texte à la centaine d’usagers ayant une adresse sur Arpanet, car cela aurait bloqué tout le réseau. Il le mit donc en dépôt sur un serveur pour un libre téléchargement (sans lien hypertexte, une notion qui n’existait pas il y a quarante ans). Même s’ils ne furent que six à profiter de l’offre, on considère que le premier « livre électronique » du réseau informatique avait vu le jour. Ce fut d’ailleurs le livre numérique le plus cher de l’histoire, Michael Hart ayant un jour calculé une valeur approximative de son accès à l’ordinateur et l’évaluant à 1 million de dollars.
Michael Hart a continué sur sa lancée pour rendre disponible la plus grande quantité de livres possible. Même si les premiers textes étaient
difficilement lisibles, sans typographie, en lettres capitales, sans mise en page,… il n’a jamais dévié de sa volonté de rendre les œuvres
disponibles à tous. Pour cela, il s’appuyait sur une caractéristique essentielle du document numérique : la reproduction et la diffusion via
le réseau ne coûte presque rien, et même de moins en moins quand les machines et les tuyaux deviennent plus performants. Comme il l’écrivait encore en juillet dernier, « à part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté ». Et il anticipait sur les usages à venir au delà de la lecture, comme l’analyse du texte, la comparaison de mots, la recherche par le contenu, l’établissement de correspondances ou les études linguistiques ou stylistiques assistées par l’ordinateur.
Longtemps son credo fut celui du « plain vanilla ascii », c’est à dire de refuser toute mise en page afin que les textes soient accessibles à toutes les machines, par tous les utilisateurs. Ceci conduisait les volontaires du projet Gutenberg à un codage particulier des accents, placés à côté de la lettre concernée. Mais sa méfiance devant HTML a disparu quand le web est devenu le principal outil de diffusion des écrits numériques : l’universalité passait dorénavant par le balisage, et l’utilisation de UTF-8, la norme de caractères qui permet d’écrire dans la plus grande partie des langues du monde.
Comme son projet, disons même sa vision, était généreuse et mobilisatrice ; comme il possédait un grand sens de la conviction et de l’organisation et proposait un discours radical, il a su regrouper des millions de volontaires pour l’accompagner dans sa tentative de numériser le savoir des livres. Des volontaires qui ont commencé par dactylographier les textes, puis utiliser scanner et reconnaissance de caractères, mais toujours incités à une relecture minutieuse. On est souvent de nos jours  ébahi devant les projets industriels de numérisation. Nous devrions plutôt réfléchir à la capacité offerte par la mobilisation coordonnée de millions de volontaires. Construire des communs ouverts au partage pour tous répond aux désirs de nombreuses personnes, qui peuvent participer, chacune à leur niveau, à la construction d’un ensemble qui les dépasse. Dans le magazine Searcher en 2002, Michael Hart considérait cette situation comme un véritable changement de paradigme : « il est dorénavant possible à une personne isolée dans son appartement de rendre disponible son livre favori à des millions d’autres. C’était tout simplement inimaginable auparavant ».
La volonté de Michael Hart lui a permis de poursuivre son grand œuvre tout au long de sa vie. S’il fallut attendre 1994 pour que le centième texte soit disponible (les Œuvres complètes de Shakespeare), trois ans plus tard la Divine Comédie de Dante fut le millième. Le projet Gutenberg, avec ses 37000 livres en 60 langues, est aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits diffusés sous les formats actuels (epub, mobi,…) pour les liseuses, les tablettes, les ordiphones, et bien évidemment le web. Les textes rassemblés et relus sont mis à disposition librement pour tout usage. La gratuité n’est alors qu’un des aspects de l’accès aux livres du projet Gutenberg : ils peuvent aussi être transmis, ré-édités, reformatés pour de nouveaux outils, utilisés dans l’enseignement ou en activités diverses… Le « domaine public » prend alors tout son sens : il ne s’agit pas de simplement garantir « l’accès », mais plus largement la ré-utilisation. Ce qui est aussi la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit » : parmi les ré-utilisations, même si certaines sont commerciales parce qu’elles apportent une valeur ajoutée supplémentaire, il y en aura toujours au moins une qui visera à la simple diffusion. Une leçon à méditer pour toutes les institutions qui sont aujourd’hui en charge de rendre disponible auprès du public les œuvres du domaine public. La numérisation ne doit pas ajouter des barrières supplémentaires sur le texte pour tous les usages, y compris commerciaux… qui souvent offrent une meilleur « réhabilitation » d’œuvres classiques ou oubliées. Au moment où la British Library vient de signer un accord avec Google limitant certains usages des fichiers ainsi obtenus, où la Bibliothèque nationale de France ajoute une mention de « propriété » sur les œuvres numérisées à partir du domaine public et diffusées par Gallica… un tel rappel, qui fut la ligne de conduite permanente de Michael Hart, reste d’actualité.
Le caractère bien trempé de Michael Hart, sa puissance de travail et sa capacité à mobiliser des volontaires autour de lui restera dans notre souvenir. Les journaux qui ont annoncé son décès parlent à juste titre de « créateur du premier livre électronique ». C’est cependant réducteur. Il est surtout celui qui a remis le livre au cœur du modèle de partage du réseau internet. C’est la pleine conscience qu’il fallait protéger le domaine public de la création des nouvelles enclosures par la technique ou par les contrats commerciaux qui a animé la création du Projet Gutenberg. Michael Hart n’a cessé de défendre une vision du livre comme organisateur des échanges de savoirs et des émotions entre des individus, mobilisant pour cela des volontaires, le réseau de tout ceux qui aiment lire ou faire partager la lecture.

Caen, le 10 septembre 2011
Hervé Le Crosnier

Texte diffusé sous licence Creative commonsMichael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projet
Gutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.
Il y a quarante ans, en juillet 1971, le jeune Michael Hart reçoit son sésame pour utiliser, en temps partagé, l’ordinateur Xerox de
l’Université d’Illinois à Urbana-Champain. Peu versé sur le calcul, il se demande ce qu’il pourrait bien faire d’utile à la société à partir
d’un tel outil, limité, n’utilisant qu’un jeu de caractères en capitales, et très lent en regard des ordinateurs d’aujourd’hui. Il
utilisera son temps pour recopier la « Déclaration d’Indépendance » des États-Unis, en songeant aux idées de bibliothèques universelles lancées par les « pères fondateurs » de l’informatique, notamment Vannevar Bush, Joseph Licklider ou Ted Nelson. Le fichier pesait seulement 5 kilo-octets, mais il du renoncer à sa première idée d’envoyer le texte à la centaine d’usagers ayant une adresse sur Arpanet, car cela aurait bloqué tout le réseau. Il le mit donc en dépôt sur un serveur pour un libre téléchargement (sans lien hypertexte, une notion qui n’existait pas il y a quarante ans). Même s’ils ne furent que six à profiter de l’offre, on considère que le premier « livre électronique » du réseau informatique avait vu le jour. Ce fut d’ailleurs le livre numérique le plus cher de l’histoire, Michael Hart ayant un jour calculé une valeur approximative de son accès à l’ordinateur et l’évaluant à 1 million de dollars.
Michael Hart a continué sur sa lancée pour rendre disponible la plus grande quantité de livres possible. Même si les premiers textes étaient
difficilement lisibles, sans typographie, en lettres capitales, sans mise en page,… il n’a jamais dévié de sa volonté de rendre les œuvres
disponibles à tous. Pour cela, il s’appuyait sur une caractéristique essentielle du document numérique : la reproduction et la diffusion via
le réseau ne coûte presque rien, et même de moins en moins quand les machines et les tuyaux deviennent plus performants. Comme il l’écrivait encore en juillet dernier, « à part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté ». Et il anticipait sur les usages à venir au delà de la lecture, comme l’analyse du texte, la comparaison de mots, la recherche par le contenu, l’établissement de correspondances ou les études linguistiques ou stylistiques assistées par l’ordinateur.
Longtemps son credo fut celui du « plain vanilla ascii », c’est à dire de refuser toute mise en page afin que les textes soient accessibles à toutes les machines, par tous les utilisateurs. Ceci conduisait les volontaires du projet Gutenberg à un codage particulier des accents, placés à côté de la lettre concernée. Mais sa méfiance devant HTML a disparu quand le web est devenu le principal outil de diffusion des écrits numériques : l’universalité passait dorénavant par le balisage, et l’utilisation de UTF-8, la norme de caractères qui permet d’écrire dans la plus grande partie des langues du monde.
Comme son projet, disons même sa vision, était généreuse et mobilisatrice ; comme il possédait un grand sens de la conviction et de l’organisation et proposait un discours radical, il a su regrouper des millions de volontaires pour l’accompagner dans sa tentative de numériser le savoir des livres. Des volontaires qui ont commencé par dactylographier les textes, puis utiliser scanner et reconnaissance de caractères, mais toujours incités à une relecture minutieuse. On est souvent de nos jours  ébahi devant les projets industriels de numérisation. Nous devrions plutôt réfléchir à la capacité offerte par la mobilisation coordonnée de millions de volontaires. Construire des communs ouverts au partage pour tous répond aux désirs de nombreuses personnes, qui peuvent participer, chacune à leur niveau, à la construction d’un ensemble qui les dépasse. Dans le magazine Searcher en 2002, Michael Hart considérait cette situation comme un véritable changement de paradigme : « il est dorénavant possible à une personne isolée dans son appartement de rendre disponible son livre favori à des millions d’autres. C’était tout simplement inimaginable auparavant ».
La volonté de Michael Hart lui a permis de poursuivre son grand œuvre tout au long de sa vie. S’il fallut attendre 1994 pour que le centième texte soit disponible (les Œuvres complètes de Shakespeare), trois ans plus tard la Divine Comédie de Dante fut le millième. Le projet Gutenberg, avec ses 37000 livres en 60 langues, est aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits diffusés sous les formats actuels (epub, mobi,…) pour les liseuses, les tablettes, les ordiphones, et bien évidemment le web. Les textes rassemblés et relus sont mis à disposition librement pour tout usage. La gratuité n’est alors qu’un des aspects de l’accès aux livres du projet Gutenberg : ils peuvent aussi être transmis, ré-édités, reformatés pour de nouveaux outils, utilisés dans l’enseignement ou en activités diverses… Le « domaine public » prend alors tout son sens : il ne s’agit pas de simplement garantir « l’accès », mais plus largement la ré-utilisation. Ce qui est aussi la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit » : parmi les ré-utilisations, même si certaines sont commerciales parce qu’elles apportent une valeur ajoutée supplémentaire, il y en aura toujours au moins une qui visera à la simple diffusion. Une leçon à méditer pour toutes les institutions qui sont aujourd’hui en charge de rendre disponible auprès du public les œuvres du domaine public. La numérisation ne doit pas ajouter des barrières supplémentaires sur le texte pour tous les usages, y compris commerciaux… qui souvent offrent une meilleur « réhabilitation » d’œuvres classiques ou oubliées. Au moment où la British Library vient de signer un accord avec Google limitant certains usages des fichiers ainsi obtenus, où la Bibliothèque nationale de France ajoute une mention de « propriété » sur les œuvres numérisées à partir du domaine public et diffusées par Gallica… un tel rappel, qui fut la ligne de conduite permanente de Michael Hart, reste d’actualité.
Le caractère bien trempé de Michael Hart, sa puissance de travail et sa capacité à mobiliser des volontaires autour de lui restera dans notre souvenir. Les journaux qui ont annoncé son décès parlent à juste titre de « créateur du premier livre électronique ». C’est cependant réducteur. Il est surtout celui qui a remis le livre au cœur du modèle de partage du réseau internet. C’est la pleine conscience qu’il fallait protéger le domaine public de la création des nouvelles enclosures par la technique ou par les contrats commerciaux qui a animé la création du Projet Gutenberg. Michael Hart n’a cessé de défendre une vision du livre comme organisateur des échanges de savoirs et des émotions entre des individus, mobilisant pour cela des volontaires, le réseau de tout ceux qui aiment lire ou faire partager la lecture.

Caen, le 10 septembre 2011
Hervé Le Crosnier

Texte diffusé sous licence Creative commonsMichael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projet
Gutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.
Il y a quarante ans, en juillet 1971, le jeune Michael Hart reçoit son sésame pour utiliser, en temps partagé, l’ordinateur Xerox de
l’Université d’Illinois à Urbana-Champain. Peu versé sur le calcul, il se demande ce qu’il pourrait bien faire d’utile à la société à partir
d’un tel outil, limité, n’utilisant qu’un jeu de caractères en capitales, et très lent en regard des ordinateurs d’aujourd’hui. Il
utilisera son temps pour recopier la « Déclaration d’Indépendance » des États-Unis, en songeant aux idées de bibliothèques universelles lancées par les « pères fondateurs » de l’informatique, notamment Vannevar Bush, Joseph Licklider ou Ted Nelson. Le fichier pesait seulement 5 kilo-octets, mais il du renoncer à sa première idée d’envoyer le texte à la centaine d’usagers ayant une adresse sur Arpanet, car cela aurait bloqué tout le réseau. Il le mit donc en dépôt sur un serveur pour un libre téléchargement (sans lien hypertexte, une notion qui n’existait pas il y a quarante ans). Même s’ils ne furent que six à profiter de l’offre, on considère que le premier « livre électronique » du réseau informatique avait vu le jour. Ce fut d’ailleurs le livre numérique le plus cher de l’histoire, Michael Hart ayant un jour calculé une valeur approximative de son accès à l’ordinateur et l’évaluant à 1 million de dollars.
Michael Hart a continué sur sa lancée pour rendre disponible la plus grande quantité de livres possible. Même si les premiers textes étaient
difficilement lisibles, sans typographie, en lettres capitales, sans mise en page,… il n’a jamais dévié de sa volonté de rendre les œuvres
disponibles à tous. Pour cela, il s’appuyait sur une caractéristique essentielle du document numérique : la reproduction et la diffusion via
le réseau ne coûte presque rien, et même de moins en moins quand les machines et les tuyaux deviennent plus performants. Comme il l’écrivait encore en juillet dernier, « à part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté ». Et il anticipait sur les usages à venir au delà de la lecture, comme l’analyse du texte, la comparaison de mots, la recherche par le contenu, l’établissement de correspondances ou les études linguistiques ou stylistiques assistées par l’ordinateur.
Longtemps son credo fut celui du « plain vanilla ascii », c’est à dire de refuser toute mise en page afin que les textes soient accessibles à toutes les machines, par tous les utilisateurs. Ceci conduisait les volontaires du projet Gutenberg à un codage particulier des accents, placés à côté de la lettre concernée. Mais sa méfiance devant HTML a disparu quand le web est devenu le principal outil de diffusion des écrits numériques : l’universalité passait dorénavant par le balisage, et l’utilisation de UTF-8, la norme de caractères qui permet d’écrire dans la plus grande partie des langues du monde.
Comme son projet, disons même sa vision, était généreuse et mobilisatrice ; comme il possédait un grand sens de la conviction et de l’organisation et proposait un discours radical, il a su regrouper des millions de volontaires pour l’accompagner dans sa tentative de numériser le savoir des livres. Des volontaires qui ont commencé par dactylographier les textes, puis utiliser scanner et reconnaissance de caractères, mais toujours incités à une relecture minutieuse. On est souvent de nos jours  ébahi devant les projets industriels de numérisation. Nous devrions plutôt réfléchir à la capacité offerte par la mobilisation coordonnée de millions de volontaires. Construire des communs ouverts au partage pour tous répond aux désirs de nombreuses personnes, qui peuvent participer, chacune à leur niveau, à la construction d’un ensemble qui les dépasse. Dans le magazine Searcher en 2002, Michael Hart considérait cette situation comme un véritable changement de paradigme : « il est dorénavant possible à une personne isolée dans son appartement de rendre disponible son livre favori à des millions d’autres. C’était tout simplement inimaginable auparavant ».
La volonté de Michael Hart lui a permis de poursuivre son grand œuvre tout au long de sa vie. S’il fallut attendre 1994 pour que le centième texte soit disponible (les Œuvres complètes de Shakespeare), trois ans plus tard la Divine Comédie de Dante fut le millième. Le projet Gutenberg, avec ses 37000 livres en 60 langues, est aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits diffusés sous les formats actuels (epub, mobi,…) pour les liseuses, les tablettes, les ordiphones, et bien évidemment le web. Les textes rassemblés et relus sont mis à disposition librement pour tout usage. La gratuité n’est alors qu’un des aspects de l’accès aux livres du projet Gutenberg : ils peuvent aussi être transmis, ré-édités, reformatés pour de nouveaux outils, utilisés dans l’enseignement ou en activités diverses… Le « domaine public » prend alors tout son sens : il ne s’agit pas de simplement garantir « l’accès », mais plus largement la ré-utilisation. Ce qui est aussi la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit » : parmi les ré-utilisations, même si certaines sont commerciales parce qu’elles apportent une valeur ajoutée supplémentaire, il y en aura toujours au moins une qui visera à la simple diffusion. Une leçon à méditer pour toutes les institutions qui sont aujourd’hui en charge de rendre disponible auprès du public les œuvres du domaine public. La numérisation ne doit pas ajouter des barrières supplémentaires sur le texte pour tous les usages, y compris commerciaux… qui souvent offrent une meilleur « réhabilitation » d’œuvres classiques ou oubliées. Au moment où la British Library vient de signer un accord avec Google limitant certains usages des fichiers ainsi obtenus, où la Bibliothèque nationale de France ajoute une mention de « propriété » sur les œuvres numérisées à partir du domaine public et diffusées par Gallica… un tel rappel, qui fut la ligne de conduite permanente de Michael Hart, reste d’actualité.
Le caractère bien trempé de Michael Hart, sa puissance de travail et sa capacité à mobiliser des volontaires autour de lui restera dans notre souvenir. Les journaux qui ont annoncé son décès parlent à juste titre de « créateur du premier livre électronique ». C’est cependant réducteur. Il est surtout celui qui a remis le livre au cœur du modèle de partage du réseau internet. C’est la pleine conscience qu’il fallait protéger le domaine public de la création des nouvelles enclosures par la technique ou par les contrats commerciaux qui a animé la création du Projet Gutenberg. Michael Hart n’a cessé de défendre une vision du livre comme organisateur des échanges de savoirs et des émotions entre des individus, mobilisant pour cela des volontaires, le réseau de tout ceux qui aiment lire ou faire partager la lecture.

Caen, le 10 septembre 2011
Hervé Le Crosnier

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